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Newsletter #4 - mars 2024

  • il y a 2 jours
  • 11 min de lecture

2022 - 2023 : un temps d’enracinement et de contact

Au cours des années 2022 et 2023, plusieurs membres du Réseau ont participé à de nombreuses commissions au niveau local et diocésain en lien avec la démarche synodale de l’Église universelle, à des journées de réflexion (Paris Confrontation, Alliance-Dignité et Égalité, le Comité de la Jupe français, …).

Le bureau a également pris des contacts avec les diocèses du Valais et de Bâle, avec le CCRFE, la COR ainsi qu’avec des organisations sœurs notamment au Québec par visio-conférence.

 

 14 JUIN 2023 : en lien avec la grève des femmes « Une formation qualifiante pour favoriser une vraie reconnaissance »

Les membres du Réseau des femmes et leurs sympathisant.e.s se sont associés à la grève des femmes en se rendant de la gare de Fribourg jusqu’au Centre catholique romand de formations en Église (CCRFE), chargé de la formation des agents pastoraux, prêtres, diacres et laïcs. 

Le Réseau a mis l’accent sur l’importance d’une formation adéquate pour que les femmes, tout comme l’ensemble des laïcs engagés en Église, puissent occuper des postes à responsabilité avec un vrai pouvoir de décision, en complémentarité harmonieuse avec les ministres ordonnés. Une orientation en résonnance avec la démarche synodale que vit actuellement notre Eglise

Il s’agit donc que les femmes soient partie prenante des formations ecclésiales, tant dans l’élaboration des programmes que de l’enseignement, y compris auprès des séminaristes, des diacres et des prêtres. Les femmes doivent aussi participer au discernement des vocations.

Certes, nos diocèses ont davantage pris conscience de l’importance d’accueillir plus de femmes dans les instances décisionnelles. Les évêques ont nommé plusieurs femmes à des postes à responsabilité, notamment des représentantes de l’évêque, mais c’est le début d’un long chemin.


  Septembre 2023 : publication du rapport de l’université de Zurich sur les abus sexuels dans l’Eglise et réaction du Réseau

Suite à la sortie de ce rapport, le Réseau a envoyé une lettre ouverte aux évêques, à leurs représentants.es et délégué.e, aux membres de la COR, de la direction du CCRFE, au peuple des baptisés.ées. Étaient soulignées la nécessité du respect de la dignité de chacun.e dans un climat d’écoute et de bienveillance, de même que la demande d’un profond changement structurel dans le fonctionnement de l’Église pour que celle-ci devienne véritablement « synodale ». Cette lettre a rencontré un écho très largement favorable,  

 

Perspectives pour l’année 2024

Le Réseau demande encore à être connu et développé, notamment par des contacts auprès des autorités pastorales des cantons romands, des agents pastoraux, ainsi que des bénévoles. Le bureau a ainsi rencontré les agents pastoraux valaisans, le bureau du conseil pastoral à Genève, les délégués épiscopaux francophones du diocèse de Bâle. Une rencontre est prévue avec les agents pastoraux jurassiens en juin 2024. Ce travail est à poursuivre avec les cantons de Fribourg, Neuchâtel et Vaud.

 

La RKZ, organe financier rassemblant les fédérations cantonales de notre Église, nous octroie une petite subvention. Ce qui demande au bureau un gros travail de présentation de nos activités, et de réponse aux sollicitations stimulantes de cet organisme.

La RKZ nous a demandé de mettre sur pied une journée spirituelle et/ou théologique. Afin de construire une proposition qui réponde aux besoins des membres et sympathisants, le bureau a invité les membres à une rencontre à Yverdon.

 

3 février:   Et si nous construisions ensemble une journée de théologie

 La journée a été magnifiquement animée par Marie-Antoinette Lorwich, agente pastorale dans le domaine de la diaconie, qui nous a fait entrer au cœur de la démarche synodale. Une démarche qu’elle-même a vécu de l’intérieur janvier 2023 , lorsque s’est achevée la phase européenne du Synode sur la synodalité

(cf Annexe 1 : témoignage de Marie-Antoinette).


Avec les douze participantes, nous avons, nous aussi vécu une vraie expérience de conversation dans l’Esprit et de discernement en commun, qui nous a inspiré le thème « Oser la P/parole » que nous déclinerons en deux journées distinctes au cours de l’année pastorale 2024-2025.


Il y eut aussi place pour un temps de méditation-prière grâce au Man-Hu proposé par Martine Bulliard autour de la parabole du bon Samaritain.

 

Par ailleurs, la RKZ nous a invitées à nous mettre en contact avec l’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI). Le bureau a donc rencontré sa déléguée pour la Suisse romande, Isabelle Jonveaux, pour envisager une recherche autour de la condition des femmes dans l’Eglise en Suisse romande. Il s’agira d’en affiner la présentation et de trouver le financement nécessaire au lancement de cette étude.

 

19 mars : Rencontre autour du cardinal Grech


Une belle opportunité de faire connaître la condition des femmes dans l’Église et de valoriser leur potentiel s’est ouverte avec la visite en Suisse du cardinal maltais Mario Grech. Secrétaire général du Synode des évêques, le cardinal, dans la ligne du pape François, se pose en apôtre de l’écoute et du dialogue :

« Le synode est un temps important pour écouter surtout « ceux qui ont été blessés par une Église sourde et muette », a-t-il expliqué.

« Dans la crise des abus que traverse l’Église, l’écoute des victimes est pour lui importante. Car « une parole qui blesse au lieu de guérir, une parole qui n’a pas su écouter », pourrait être, pour de nombreuses victimes, un mal encore plus grand que la souffrance initiale. « La guérison du cœur commence par l’écoute », a -t-il encore affirmé.


Mgr Grech a rencontré les évêques de notre pays, de même que des représentants de divers groupes ecclésiaux le 19 mars. Nous avons eu la chance de voir Isabelle Vernet, membre du Réseau, y participer. Voici quelques extraits de son intervention (cf Annexe 2 pour l’intégralité du texte d’Isabelle).

S’appuyant sur son expérience, Isabelle Vernet ouvre plusieurs pistes de réflexion :

« N’est-il (…) pas nécessaire d’élargir les compétences locales et régionales afin de créer de nouvelles voies pour les femmes au sein de l’Église suisse ? Ne pensez-vous pas qu’il serait fondamental que les femmes puissent participer à tous les niveaux de décision ? L’accès au diaconat ne serait-il pas, chez nous, un pas important vers l’égalité ? Il serait souhaitable d’avoir un nombre significatif de femmes dans des positions de décisions à tous les niveaux (…) Il faut essayer de changer la façon de penser et de vivre la différence entre le ministère ordonné et le sacerdoce baptismal. »

Le pape et certains évêques évoquent la possibilité d’un diaconat féminin. Ce qui peut laisser augurer d’un changement de perspectives quant à « la question des ministères, comme sur celles du gouvernement ».

Par ailleurs, Isabelle souligne trois éléments sous-tendant la contribution des femmes à la vie de l’Eglise universelle : 


  1. Un leadership décliné au féminin 

    « Plusieurs études montrent que les femmes leaders (…) travaillent plus dans un esprit de collaboration, ont une communication plus ouverte, moins frontale, ne sont pas dans un esprit de domination et plus dans un esprit de gouvernance partagée. »

  2. Une altérité équilibrante, comme une «capacité à reconnaître, à respecter et à accepter la diversité et la différence chez les autres, en adoptant une attitude d'ouverture, de compréhension et de bienveillance. » 

  3. La fraternité  « est un élément fondamental qui favorise la reconnaissance et l'acceptation de l'altérité en promouvant la solidarité, l'accueil, le service, le dialogue et la coopération entre les membres de la communauté chrétienne. » Et Isabelle de citer Mgr Vesco :  « L’Église doit donc se penser davantage comme une communauté de frères et de sœurs. Plus qu’une lutte de pouvoir, le nécessaire rééquilibrage entre clerc et laïcs, entre homme et femmes, est une question d’altérité et de fraternité. »

 

Après cette abondance de nouvelles et autres beaux témoignages, il nous reste à vous inviter à un prochain rendez-vous pour l’ensemble des membres du Réseau notre Assemblée générale

 

mardi 18 juin de 9h30 à 12h00 à Lausanne, Boulevard de Grancy 29

 

Après l’Assemblée générale, nous partagerons un temps d’approfondissement et d’échange avec Isabelle Nielsen, psychologue, sur le thème de l’estime de soi en introduction à nos journées théologiques « Oser la P/parole ».

A tous, nous souhaitons une belle montée vers Pâques. Que l’Esprit du Ressuscité nous donne souffle et espérance pour avancer sur un chemin toujours plus synodal et fraternel.

Avec nos salutations sororales,

Le Bureau du Réseau

 

Cette Newsletter s’adresse, comme vous l’avez vu ci-dessus, non seulement aux femmes adhérentes au Réseau mais à toute personne (homme ou femme) qui se sent touchée par la thématique et souhaite être informée des activités du Réseau et de l’évolution de la place des femmes dans l’Église. Vous pouvez ainsi devenir membre sympathisant.

N’hésitez pas à la diffuser largement et … à adhérer ou à devenir membre sympathisant en prenant contact avec Mariette Mumenthaler / mamum@bluewin.ch

 

Annexe 1

TEMOIGNAGE DE MARIE-ANTOINETTE LORWICH,                                                                                                                      AGENTE PASTORALE DANS LA PASTORALE DE LA DIACONIE A FRIBOURG

Le processus synodal : Une Espérance pour l’Église d’aujourd’hui.

Ce fut une grande joie d’avoir pu participer à l’Assemblée synodale de Prague du 5 au 9 janvier 2023. Nous étions 400 participants en ligne et 200 étaient présents sur place. La diversité des échanges avec les groupes en ligne provenant de toute l’Europe, les représentants Suisses à Prague et les 9 autres délégués Suisses réunis à Wislikofen en Argovie a été marquante et empreinte d’espérance.

Pour la première fois, j’entendais une Église qui osait ouvertement exprimer ses fragilités, ses douleurs, ses différences et ses combats. Nous étions à l’écoute de nos intuitions, mais avions également la responsabilité de relever les tensions qui se révélaient au fur et à mesure des témoignages que nous entendions ; et elles étaient nombreuses.  Car, comment envisager le rôle des femmes en Église face à la gouvernance ? Comment réduire la distance qui sépare doctrine et pastorale, ou entre les clercs et les laïcs ? Comment discerner et valoriser les charismes face aux ministères ? Ces quelques questions semblent souligner la division au lieu de révéler la communion ; cependant, elles ont le mérite de nous aider à trouver le juste équilibre pour que les tensions ne soient pas source de conflits mais, acceptation et intégration de toutes nos diversités.

Le processus synodal, fondé sur la Présence de l’Esprit-Saint, de l’écoute et de la parole exprimée en vérité est, à mon avis, d’une importance fondamentale. Mais, ce processus ne doit pas s’arrêter à de beaux discours.  Son efficacité ne se révèlera que dans la conversion personnelle, institutionnelle et organisationnelle.  Nous portons toutes et tous dans nos cœurs, des combats, des convictions et des croyances que nous espérons mettre en lumière pour plus de justice, de respect, d’ouverture et de communion. La synodalité est une manière de vivre la fraternité. Elle n’est donc pas une option mais une expression du Christ qu’il faut apprendre à incarner et savoir transmette pour que seule la volonté de Dieu soit faite.

 

                                                                                               Marie-Antoinette Lorwich

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexe 2

Intervention d’Isabelle Vernet lors de la rencontre avec Mgr Grech LE 19 MARS 2024

Échange sur la synodalité.

Invité : Cardinal Mario Grech

Les femmes dans l’Église.

 

Ma joie. Mon expérience du Tutti. Leadership, responsabilité et décisions. Altérité. Fraternité.

1-Ma joie. Je voudrais tout d’abord vous dire ma joie d’être invitée, d’être là parmi vous. Je voudrais vous partager ma joie profonde. « Oh Jésus que ma joie demeure » dit l’immense Bach. Cette joie gratuite. Cette joie paradoxale, à venir. Je voudrais vous dire ma certitude de vivre un moment clef, où je sais que nous pouvons saisir cette opportunité inouïe que nous propose la démarche synodale, tous ensemble.

2-Mon expérience. Je voudrais, ensuite, vous parler de mon expérience. L’année dernière, j’ai eu cette chance singulière de parler avec le pape François lors d’une audience privée pour célébrer les 20 ans de l’aumônerie œcuménique dans le canton de Vaud. Le pape nous a rappelé que nous devions marcher avec les jeunes, rester toujours à leurs côtés. De façon très impressionnante il a répété, martelé même, que tous et toutes étaient invités. Par 10 fois, le pape a répété le mot Tutti, Tutti, Tutti. Il a d’ailleurs répété ce fameux Todos aux JMJ de Lisbonne cet été.

Que signifie ce Todos ? « Qu’il n’est que partiel quand nous amputons le corps du Christ de certains de ses membres ». En donnant place non seulement à l’écoute mais aussi à la parole vraie, à l’échange et à la prière, nous comprenons que les cœurs des uns peuvent se laisser toucher par le cœur des autres ». Sommes-nous capables d’étendre à tous les baptisés certains droits qui, jusqu’à récemment, appartenaient aux évêques, aux prêtres et aux religieux ?

 D’où la nouveauté de la dernière assemblée du Synode avec le droit de vote pour un groupe de laïcs, des femmes en particulier. Nous l’avons vu dans le rapport de synthèse qu’il existe une demande explicite pour une plus grande participation des femmes au niveau de la gouvernance de l’Église et aussi par le biais des ministères.

N’est-il donc pas nécessaire d’élargir les compétences locales et régionales afin de créer de nouvelles voies pour les femmes au sein de l’Église suisse ? Ne pensez-vous pas qu’il serait fondamental que les femmes puissent participer à tous les niveaux de décision ? L’accès au diaconat ne serait-il pas, chez nous, un pas important vers l’égalité ? Il serait souhaitable d’avoir un nombre significatif de femmes dans des positions de décisions à tous les niveaux, du plus petit échelon au plus grand, en passant par les échelons intermédiaires. Nous lisons que le pape serait favorable au diaconat féminin, mais il essaye de déterminer la façon de le mettre en pratique. Non pas dans l’ordre sacramentel, mais dans l’ordre pratique. Il faut essayer de changer la façon de penser et de vivre la différence entre le ministère ordonné et le sacerdoce baptismal.

3-Leadership : La semaine dernière, a eu lieu à Rome une réflexion sur le leadership féminin, nécessaire pour un avenir meilleur. Il a clairement été dit que « les femmes sont des agents essentiels pour construire un avenir meilleur et répondre aux problèmes mondiaux urgents auquel le monde est confronté aujourd’hui. »

L’Ambassadrice Chiara Porro a d’ailleurs souligné que “les femmes, dans leur diversité, sont au cœur du changement transformationnel » nécessaire aujourd’hui.

 

Sr Nathalie Becquart a relevé que « le synode sur la synodalité est un processus visant à donner une voix plus forte aux femmes ». Les étapes franchies jusqu’à présent par le synode mondial ont montré que les femmes souhaitent participer davantage à la vie de l’Église – notamment aux processus de décision. « Les femmes ne se sentent souvent pas considérées dans l’Église. Les rapports de synthèse du synode mondial disponibles jusqu’à présent demandent une participation pleine et égale. Les femmes sont la force motrice de la synodalité. La plupart du temps, les femmes ont un style de direction plus collaboratif et l’Église a besoin de cela. » « Les femmes veulent que l’Église soit leur alliée dans tous les domaines de leur vie, elle veulent à la fois un rôle au sein de l’Église et le soutien de l’Église dans la lutte contre la discrimination. » Plusieurs études montrent que les femmes leaders ont plus de soft skills, travaillent plus dans un esprit de collaboration, ont une communication plus ouverte, moins frontal, ne sont pas dans un esprit de domination et plus dans un esprit de gouvernance partagée.

 

4-Altérité : La réflexion de Monseigneur Vesco sur le diaconat féminin nous engage à aller de l’avant. Sur la question des ministères, comme sur celles du gouvernement, l’horizon se dégage.  Le simple fait de poser la question provoque déjà un changement de perspective.

 En effet la vocation féminine dans l’Eglise est traditionnellement pensée en termes de complémentarité, - la complémentarité qui souvent relègue la femme en position d’adjuvant souriant et soumis- alors qu’il faut aussi la penser en termes d’altérité. Altérité, véritable source d’équilibre. L’altérité qui est cette capacité à reconnaître, à respecter et à accepter la diversité et la différence chez les autres, en adoptant une attitude d'ouverture, de compréhension et de bienveillance. La vocation féminine est valable en elle-même.

5-Fraternité : La question de l’altérité renvoie à celle de la fraternité. En effet, la fraternité exige et en même temps rend possible l’altérité. La fraternité rend possible toutes les formes de relations. La fraternité est un élément fondamental qui favorise la reconnaissance et l'acceptation de l'altérité en promouvant la solidarité, l'accueil, le service, le dialogue et la coopération entre les membres de la communauté chrétienne

L’Église doit donc se penser davantage comme une communauté de frères et de sœurs. C’est le plus beau témoignage qu’elle puisse offrir au monde, dit Monseigneur Vesco. « Plus qu’une lutte de pouvoir, le nécessaire rééquilibrage entre clerc et laïcs, entre homme et femmes, est une question d’altérité et de fraternité. » L’altérité ne relève pas d’un choix, mais d’un fait : j’ai besoin de mes frères et sœurs pour être ce que je suis.

 

Isabelle Vernet 19.03.24

 

 

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